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mardi 2 mars 2010

Taxi : Le Caire dans une voiture


Dans son premier roman, Taxi, le producteur, réalisateur et journaliste égyptien Khaled Al Khamissi compile une série de chroniques où les chauffeurs de taxis s’expriment. Un portrait du pays se dresse : pauvreté, corruption, cynisme et désespoir.
Le Caire est une ville tentaculaire qui ne dort jamais. Dans ses rues, les taxis circulent jour et nuit. Ils se faufilent dans les labyrinthes surpeuplés du Caire et essaient de tracer leur chemin cahin-caha. Ces voitures noires et blanches sont une métaphore sur roues de cette ville : peu sont en bon état, ils roulent pour la plupart «si Dieu le veut.»
Les chauffeurs de Taxi – ainsi que la plupart de la population – s’en remettent souvent à Dieu pour supporter les injustices quotidiennes. Mais il n’est plus question de foi ou de croyance, la religion n’est plus qu’un baume sur la douleur des cairotes. Les chauffeurs de taxis vivent quotidiennement des abus : un chauffeur furieux raconte au narrateur comment il doit soudoyer un policier pour ne pas se faire retirer ses papiers. Un autre explique : «personne en Egypte ne peut s’en sortir avec son salaire uniquement. [...] Soit on vole, soit on touche des pots-de-vin, soit on travaille jour et nuit.»
L’agressivité dans la conduite ou la colère exprimée vis-à-vis des gens n’est qu’un faible reflet de la frustration grandissante d'une partie de la population. Les chauffeurs de Taxi sont les témoins exemplaires d’une population consciente de se faire avoir par un gouvernement corrompu et par un capitalisme sauvage. Un des chauffeurs raconte au narrateur une anecdote savoureuse et triste à la fois. Une femme voilée prend un taxi à Shubra, un quartier très populaire du Caire, pour se diriger vers Dokki, un quartier plus bourgeois. En route, la femme se dévêtit pour arborer une mini-jupe, des collants et un joli haut moulant. Devant l’ébahissement du chauffeur, elle explique que, malgré ses valeurs plus conservatrices, c’est ainsi qu’elle doit s’habiller pour avoir de bons pourboires au restaurant où elle travaille.
La traduction de Hussein Emara et Moïna Fauchier Delavigne est fidèle. Elle illustre bien les traits d’humour égyptiens, humour qui permet à la plupart de ces chauffeurs de survivre. Et la plume de Khaled Al Khamissi sert bien le propos : une population dans le besoin, une corruption insidieuse et un désespoir cynique ambiant. À lire aussi pour se sentir dans l’ambiance du Caire.
Le site de l’auteur : http://www.khaledalkhamissi.com/
Article publié sur Toukimontreal.com

dimanche 14 février 2010

KamaTouki : Le kunyaza ou faire l’amour à l’africaine

Vous connaissez le Kamasutra, ce livre indien sur l’art de faire l’amour ? Touki Montréal vous propose sa chronique Kamatouki et vous offre de voyager dans la littérature érotique africaine.

En 2008, Nsekuye Bizimana révélait au monde le kunyaza. Cette technique africaine est «la caresse magique que chaque homme devrait connaître» pour satisfaire une femme.

Selon Bizimana, le kunyaza, terme utilisé au Rwanda et au Burundi, est issu d’une tradition ancestrale de l’Afrique centrale. La technique, destinée à un couple hétérosexuel, est simple : «l’homme tapote le clitoris avec le gland de son pénis». Elle peut être aussi expérimentée dans sa forme complexe, «en stimulant le clitoris, mais aussi les autres organes génitaux externes de la femme, et jusqu’au vagin.» Le kunyaza amplifie le plaisir ressenti par la femme et, par le biais même, satisfait pleinement l’homme.

Le secret de l’amour à l’africaine demeure un ouvrage utile pour la révision de certaines bases. Mais le kunyaza, une découverte ? Pas si sûr. Le livre présente le kunyaza comme la technique qui révolutionnera la façon de faire l’amour.

Témoignages à l’appui, l’auteur démontre que des hordes d’hommes et, surtout, de femmes insatisfaits par leur vie sexuelle actuelle seront désormais éclairés et ravis par cette technique. Un peu d’expérience et de pratique peuvent aussi mener à des découvertes similaires, sinon plus exaltantes encore.

Nsekuye Bizimana, Le secret de l’amour à l’africaine, Leduc Editions, 2008.

Article publié sur toukimontreal.com

samedi 6 février 2010

Youssou N'dour : we love what he brings


Depuis le 26 janvier dernier, le dernier album de Youssou N’dour est disponible chez les disquaires. I bring what I love est la trame sonore tirée du documentaire du même nom tourné par Elizabeth Chai Vasarhelyi  et paru sur grand écran à l’été 2009.
Le documentaire explorait la création et la réception de l’album Egypt où N’dour rendait hommage à sa religion soufiste dont il est un fervent pratiquant. Produit en collaboration avec un orchestre égyptien, l’album mélangeait des rythmes africains et arabes.
I bring what I love, l’album, reprend plusieurs succès de Youssou N’dour. On y retrouve la pièce Xel de son album Rokku mi rokka, Touba-Darou Salaam, tirée de l’album Egypte et d’autres encore.
Deux pièces sont tout à fait inédites : la première pièce éponyme est le thème du documentaire écrit et composé par Youssou N’dour, Martin Davich et le compositeur du film, James Newton Howard. La deuxième pièce originale est Yonnent – le messager – chantée par N’dour et Moustapha Mbaye, un griot très réputé au Sénégal.
La pièce à souligner dans cet album demeure Touba Darou Salaam où la voix pure de N’dour est savamment accompagnée des rythmes dansants du «oud» égyptien.
L’album I bring what I love, replace ses auditeurs dans l’ambiance du documentaire : on se remémore le parcours musical et spirituel de ce griot sénégalais. Pour ceux qui le connaissent déjà, c’est toujours une joie de le retrouver. Pour ceux qui le découvrent, c’est une belle introduction à une oeuvre mature.

Article publié sur Toukimontreal.com

dimanche 31 janvier 2010

Le noir qui marche à pied, l'Afrique du Sud à genoux


Le superintendant Zondi se disait que son pays bien-aimé s’était laissé aller, qu’il s’était laissé prendre au piège de l’autosatisfaction : tout simplement parce que les Noirs avaient été libérés de l’apartheid sans violence, que la planète entière leur avait délivré un satisfecit et leur avait fait croire que toutes leurs souffrances allaient ainsi être effacées d’un coup de baguette par Magic Mandela…»

un roman Sud-africain
Cette citation, tirée du roman Le noir qui marche à pied, est une des multiples phrases dans lesquelles l’auteur, Louis-Ferdinand Despreez, rappelle la déroute dans laquelle se trouve la démocratie sud africaine. Éradiquer officiellement une structure étatique raciste ne l’élimine pas automatiquement des esprits et des mentalités. Et le lecteur en est témoin dans ce roman policier où les habitants des townships envient les habitations érigées en forteresses des quartiers richissimes et blancs.
Cinq enfants blancs sont enlevés à la sortie de leur école. Entre des parents désespérés et un système policier qui piétine, le superintendant Francis Zondi ne sait plus où donner de la tête. Le lecteur, lui, sait rapidement dès le début qui commet ces crimes. Le noir qui marche à pied n’est pas un «who dunnit»traditionnel, c’est plutôt un roman policier qui nous plonge dans la poursuite des indices qui mènent la police à la découverte du criminel. Et c’est surtout une plongée dans les méandres de l’esprit malsain de ce criminel.
Le révérend Molefe est le personnage qui opère ces enlèvements. Et il a un plan avec de l’argent de rançon à la clé. L’interprétation de la Bible justifie le pire :«Molefe avait vraiment bien lu entre les lignes des Évangiles ; plus aucun doute ne subsistait en lui ; il fallait donc bel et bien pécher avec méthode, et même acharnement, pour être absous et entrer au paradis par la grande porte.»
Tout en prenant soin de ne pas juger ses personnages, Louis-Ferdinand Despreez réussit à nous plonger dans l’esprit tordu d’un criminel et dans les dilemmes du superintendant Zondi en tant que policier, mais aussi comme homme dans une société sur le bord du précipice. À lire.

Article publié sur Toukimontreal.com

samedi 30 janvier 2010

Le voile rouge : récit initiatique aveuglant


 «Je viens d’un monde où l’adolescence n’existe pas. » La première phrase du roman Le voile rouge, de Bachir Kerroumi, donne le ton du récit.
Un jeune garçon, issu d’un quartier pauvre d’Oran, une ville algérienne, raconte son expérience d’immigrant clandestin, à l’âge de 15 ans, en France. Après deux ans d’errance et d’exil, son sort semble s’améliorer quand s’abat sur ses yeux un voile rouge. Un nouvel apprentissage s’effectue : celui de vivre sans la vue. Le narrateur tente alors de se diriger grâce aux odeurs et aux sons. C’est ainsi qu’il apprend que «les voix ont une couleur».
Le voile rouge est un récit d’initiation sans fioritures. Dans une langue simple et fluide, ponctuée parfois de relents poétiques, Bachir Kerroumi raconte une histoire qui ressemble à la sienne. Ceinture noire de judo, ingénieur et atteint de cécité, l’auteur arrive lui aussi en sol français à l’âge de 15 ans, après une enfance passée à Oran.
D’une maturité désarmante pour son âge, le narrateur du récit dénonce la dureté de sa ville natale : «Oran ressemble à une femme méditerranéenne au tempérament excessif». L’hypocrisie et la corruption y règnent. La France, du point de vue de l’immigrant, n’est pas non plus choyée. En réalité, la poésie – de Mohamed Loakira, d’Amina Saïd, d’Abdelaziz Kacem, entre autres – est le seul baume pour cet adolescent dotée d’une vieille âme.
Oscillant entre lucidité et incompréhension, le narrateur dissèque ses rapports avec autrui – arabes et français, hommes et femmes – du point de vue désemparé de l’immigrant et, plus tard, de celui d’un aveugle. Un recul qui se traduit par un certain détachement dans le texte. Un détachement que le lecteur ressent aussi par moments, malgré le parcours difficile et douloureux de ce jeune homme.
Bachir Kerroumi, Le voile rouge, Gallimard, 2009.
Article publié sur Toukimontréal.com

lundi 25 janvier 2010

Zulu : L'Afrique du Sud post-Apartheid




Si vous croyez que l’Afrique du Sud vit en paix depuis la fin de l’Apartheid, lisez Zulu, un roman policier de Caryl Férey, gagnant du grand prix français des lectrices Elle en 2009.
Le meurtre d’une fille blanche de la haute société du Cap met en branle une enquête mené par Ali Neuman, un Zoulou et chef de la police criminelle de la ville. Assassinats, viols, drogues, sida et gangs : Neuman et ses fidèles acolytes, Brian Epkeen et Dan Fletcher, font face à toutes ces horreurs. Mais plus l’enquête avance, plus le mystère s’intensifie et les pistes s’embrouillent.
L’Afrique du Sud est sous le feu des projecteurs avec la tenue de la Coupe du monde de soccer qui débute en juin 2010. L’auteur, Caryl Férey, dresse un portrait inquiétant du pays et pose des questions quant à son futur :«l’Afrique du Sud ne pouvait pas donner une image aussi effroyable. Qui avait envie d’investir dans un pays estampillé comme le plus dangereux ?»
L’histoire alambiquée est intrigante et les personnages principaux – dont certains font face à un destin tragique – sont attachants. Le lecteur apprécie aussi les personnages secondaires, tel Simon, ce petit garçon de 10 ans qui vit dans les rues du township de Khayelitsha, qui meurt en serrant l’image de sa mère décédée et qui se décompose dans un tuyau sans que personne ne le remarque.
Violent, Zulu nous rappelle que l’Afrique du Sud est un des pays les plus dangereux du monde et qu’en dessous de la médiatisation créée par la Coupe du monde de soccer, il y a un peuple qui se meurt.
Caryl Férey, Zulu, Gallimard «Série noire», 2008.
Article publié sur Toukimontreal.com

dimanche 24 janvier 2010

Anouar El Sadate : chronique de l'assassinat d'un président




Le 6 octobre 1981, en plein défilé militaire, Anouar El Sadate, le président égyptien, est assassiné.

Construit comme une enquête, le documentaire Anouar El Sadate,écrit et réalisé par Jean-François Delassus, est un épisode de la sérieDerniers jours d'une icône, produite par Arnaud Hamelin en 2005.

Le documentaire lève le voile sur ce qui a mené à l'assassinat de ce président, prix Nobel de la paix, victorieux à la guerre et aimée de son peuple.
Des images d'archives, des témoignages actuels d'anciens collaborateurs du président et des témoignages de la partie adverse, c'est-à-dire les islamistes qui ont décidé de le supprimer pour cause d'hérétisme et de fraternisation avec l'ennemi ultime : Israël. Tous ces documents contribuent à comprendre le déroulement des événements.

Le 6 octobre 1973, Anouar El Sadate, grâce à une offensive surprise, récupère le territoire du Sinaï conquis par Israël en 1967. Son rêve réalisé, il étonne le monde arabe en acceptant de donner une conférence au parlement israëlien en 1977. Un an plus tard, en 1978, Sadate et Menachem Begin, premier ministre israëlien, signent l'accord de paix de Camp David (aux États-Unis) entre les deux pays. Cet accord de paix leur vaut à tous deux le prix Nobel de la paix. En même temps que ces accords, Sadate  signe aussi son propore arrêt de mort. Il devient aux yeux de plusieurs dans le monde arabe un traître dont la mort est justifiée.

Le documentaire retrace alors le parcours de ceux qui ont décidé d'éliminer le président. Une poignée de fondamentalistes musulmans le considère comme un hérétique pactisant avec l'ennemi. Le lieutenant Islambouli et l'ingénieur Farag décident et planifient avec succès l'assassinat de Sadate.

Des coupures trop abruptes dans le montage de certaines entrevues et une mise en scène plutôt mélodramatique sont à déplorer. Néanmoins, le documentaire demeure intrigant et donne envie de suivre cette chronique d'une mort annoncée. Les témoignages sont diversifiés et ceux de Jehane Sadate, l'épouse du président, rajoutent une perspective intimiste au parcours de ce président.

Article publié sur Toukimontréal.com

Rachid Taha vous salue


Bonjourle huitième album de Rachid Taha, réalisé en collaboration avec Gaëtan Roussel, chanteur du groupe Louise Attaque, est déjà chez les disquaires.

Dix nouvelles chansons dont le succès Bonjour, chanté par les deux complices. Une chanson entraînante et qui se veut un salut au monde entier, sans discrimination entre français, arabes ou autres. D'ailleurs, les premières paroles prononcées par Rachid Taha dans cette pièce sont «Salam alekom veut dire bonjour».


l'album Bonjour de Rachid Taha

Rachid Taha a habitué ses admirateurs à un savant mélange d'arabe et de français, de rock et de mélodies orientales. Il ne déroge pas à la règle dans ce nouvel opus. La pièce Sélu est un véritable hommage à des penseurs arabes - Naguib Mahfouz, Kateb Yassine, Abu Rawas entre autres. Le tout sur un fond de guitare rock.

Cette chanson rappelle aussi l'apport incontournable à la culture arabe  de certains grands artistes comme la chanteuse Om Kalthum dont Taha s'est inspiré dans son album Diwan 2en reprenant la pièce Ghani li shwaya. Il récidive cette fois en reprenant la chanson Ha Baby de Farid El Atrache, une autre figure de proue de la chanson arabe.

Ce qui surprend surtout dans cet album est la douceur de Rachid Taha. Les questionnements autour de l'exil et de l'identité sont toujours présents comme dans les pièces Mine Jaï (d'où viens-tu) et It's an Arabian song où on est exhorté à ne pas oublier d'où l'on vientMais l'écorché vif, à la voix rauque, qu'on retrouvait dans une chanson comme Voilà, voilà, semble plus serein.

L'album est présenté comme une boucle : Bonjour au début et Ila Liqa (Au revoir) vers la fin. Et la dernière chanson,Agi (Viens), une sorte d'ode à l'amour, fait écho à la première pièce de l'album, Je t'aime mon amour.


Article publié sur Toukimontreal.com

mardi 6 octobre 2009

Vie et chute d'un patriarche




« Voici l'histoire de Mimoun, fils de Driouch, fils d'Allal, fils de Mohamed, fils de Mohand, fils de Bouziane, que nous appellerons simplement Mimoun. » Toute une lignée de patriarches dont l'arrêt de mort est signé par la rébellion de Mimoun, le fils chéri.

Le dernier patriarche, premier roman de Najat El Hachmi, relate l'histoire de Mimoun, un homme violent et despote, qui défie les lois du patriarcat. Il immigre avec femme et enfants. Du Rif, au nord du Maroc, il se retrouve entrepreneur en construction en Catalogne, région méditerranéenne de l'Espagne.

L'auteure – gagnante du prix des lettres catalanes, Ramón Llull, en 2008 – réussit dans cette saga anti-épique à transmettre une part de la tradition orale berbère. En racontant certains points tournants de la trajectoire de Mimoun, le lecteur comprend les valeurs et la mentalité de ce villageois propulsé dans une société occidentale par la suite.

Fossé entre les générations et confrontation entre une société libérale et une mentalité traditionnelle : c'est dans ces eaux troubles que navigue la fille de Mimoun. Avec un humour décapant, elle met en évidence les contradictions de son père. Alcoolique et coureur de jupons, il n'hésite pas à user de violence avec sa femme et sa fille pour les obliger à être «décentes».

Comment grandir dans une famille où tout tourne autour de ce patriarche déchu ? La fille de Mimoun se rebelle elle aussi dans une ultime trahison qui posera les balises de ses premiers pas vers la libération. Roman de mœurs, roman d'initiation, Najat El Hachmi a écrit une saga dans la veine de celle des Buendia de Cent ans de solitude.

Najat El Hachmi, Le dernier patriarche, Actes Sud, 2009.

Article publié sur Toukimontréal.com 




vendredi 11 septembre 2009

Les pieds sales : un Télémaque africain à Paris

« Embraye, Télémaque ! En route ! Pour toutes les raisons que tu veux ! » C'est ainsi que s'adresse en rêve Sidi Ben Sylla à son fils Askia, chauffeur de taxi togolais à Paris. L'exil, l'errance, la quête du père : trois thèmes chers à la mythologie grecque que l'on retrouve dans Les pieds sales, le second roman d'Edem Awumey. Askia, à la recherche de ce père fantomatique qui hante les rues de Paris, rappelle sans équivoque Télémaque, le fils d'Ulysse parti en quête de son père pour le ramener à Ithaque.

« Vous autres, chevaliers errants, vivez en rêvant et rêvez en vivant. » Tirée de Don Quichotte – un autre personnage mythique de l'imaginaire occidental, cette phrase rappelle à Askia le passé qu'il fuit. Ex- membre de la Cellule, une milice qui élimine des opposants au gouvernement d'un pays africain, Askia était « un chevalier à l'envers, obscur ». À Paris, il s'entoure d'Olia, photographe polonaise vivant mal son exil et de Petite-Guinée, un vieux peintre au passé trouble. Tous deux lui proposent leur aide pour retrouver Sidi Ben Sylla.

Edem Awumey, auteur togolais installé au Québec, publie là un roman complexe. Le lecteur ne peut se laisser aller, se plonger sans réfléchir dans cette lecture. Au contraire, les références littéraires foisonnent et l'aura poétique qui enveloppe le roman coupe le souffle. Tel Askia dans un Paris sinueux, le lecteur se perd allègrement dans le labyrinthe des références d'un auteur qui maîtrise les grands mythes de la littérature occidentale.

Edem Awumey, Les pieds sales, Boréal, 2009

Article publié sur Toukimontreal.com

Ryad Assani-Razaki : nouvel auteur à surveiller


Ryad Assani-Razaki, un jeune auteur d'origine béninoise résidant au Québec, publie Deux cercles, un premier recueil de nouvelles tout en finesse et en subtilité.
Onze nouvelles, plus ou moins longues, où les personnages sont des marginaux situés dans ce no man's land où s'entrecroisent deux cercles sociaux, culturels ou religieux. C'est le cas de cet homme qui ne parle pas la langue de son pays d'accueil et de celui qui revient dans son pays africain après dix ans passés en occident. C'est aussi la situation de June, cette femme ostracisée par les habitants d'un village et d'une autre dans le coma, entre vie et mort.
Entre deux est justement cette nouvelle au milieu du recueil, celle qui le divise en deux parties. Entre le cercle des vivants et celui des morts, il y a cette femme dans le coma. En conversation avec une morte, elles commentent les visites et l'état de la femme comateuse. Très originale, cette nouvelle pousse encore plus loin la présentation d'un être décalé par rapport à son entourage et à la société.
Discrimination, solitude, rejet sont quelques unes des conséquences de l'écart entre le cercle homogène où l'individu peut s'intégrer et les personnages non-conformes créés par Ryad Assani-Razaki.
Un recueil de nouvelles inégal, mais dont la finesse du propos est à admirer. Surtout venant d'un auteur qui n'a même pas trente ans.

Ryad Assani-Razaki, Deux cercles, VLB éditeur, 2009.

Article publié sur Toukimontréal.com