mercredi 2 février 2011
Les idéaux de jeunesse mis à l'épreuve
lundi 8 février 2010
Une projection ratée
Un coup d’œil révèle l’importance de cette pièce dans la vie des résidents. Deux grandes tables et une petite bibliothèque sont couvertes de films en vidéocassettes : de Top Gun à La blonde de mon père en passant par les spectacles de Garou et Céline Dion. De vieilles chaises en revêtement de simili- cuir s’alignent les unes à côté des autres pour accueillir le plus grand nombre possible de résidents. Avant la projection du documentaire, seulement trois chaises sont occupées par des femmes résidentes.
Après une courte présentation du projet, le documentaire commence. Un quart d’heure plus tard, une femme entre à grand bruit et demande ce « qu’on écoute ». Avec un rire gêné, elle s’assoit puis, dix minutes plus tard, s’endort. Elles sont déjà deux à légèrement ronfler dans la salle. Une demi-heure après le début de la projection, une autre femme se lève et s’en va. Elles ne sont plus que trois.
Une des résidentes est réveillée par une femme qui circule avec difficulté et qui s’arrête pour demander ce qui est projeté. « Une entrevue de lesbienne », répond la première. En s’appuyant sur sa canne, elle fait une moue sceptique et continue son chemin cahin-caha.
À la fin du documentaire, Diane Heffernan se lève et demande l’opinion des spectatrices. L’une d’elles lui répond que « chacun peut faire ce qu’il veut » et que « personne ne peut juger autrui ». Elle s’empresse ensuite de s’éclipser en marmonnant un « bonjour ».
Une autre femme demande si elle peut lui poser une question en privé. De l’autre côté du mur, on peut l’entendre faire des révélations sur sa vie sexuelle : « Moi, j’ai été mariée et j’ai deux enfants mais j’ai jamais été satisfaite. Je me masturbais, mais maintenant, j’ai de la misère parce que je fais de l’arthrite. J’ai toujours mieux aimé voir les hommes habillés plutôt que tout nus et j’aime vraiment les femmes aux gros seins. »
Une seule des résidentes paraît réellement intéressée par le documentaire. Assise dans son coin et d’une discrétion exemplaire, elle hoche la tête de temps à autre et prend soin de bien répondre au sondage, constitué de cinq questions, proposé par Diane Heffernan. Le documentaire aura peut-être atteint son but avec une des résidentes de Marie-Jules.
Qu’est-ce qu’une lesbienne aînée ?
Produit en 2006 par le Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ) et réalisé par Gin Bergeron, Diane Heffernan et Suzanne Vertue, Portraits de lesbiennes aînées est un documentaire qui présente les histoires de six femmes homosexuelles âgées. Le documentaire est long et laborieux à suivre mais ce qui s’en dégage est unanime. Les femmes qui témoignent préfèrent vieillir chez elles qu’en résidence. À moins de créer une résidence qui puisse regrouper plusieurs lesbiennes. Le projet vise à sensibiliser les personnes âgées en résidences aux réalités vécues par les homosexuelles. Diane Heffernan, coordonnatrice du RLQ, s’efforce de diffuser le documentaire dans les résidences de personnes âgées pour familiariser la population à l’arrivée massive dans le troisième âge de la première génération de lesbiennes sorties du placard. Le ministère de la famille et des aînés a accordé une subvention de 120 000 dollars sur trois ans au RLQ pour financer ses projections. Ce projet a vu le jour à la suite d’une question naïve : « Mais ça a l’air de quoi une lesbienne aînée ? »Article publié sur quartierlibre.ca
samedi 14 mars 2009
Une nuit avec Socrate
Le 21 mars, la philosophie se discute, se lit et se joue. Pour la quatrième édition de la nuit de la philo, près de 200 activités gratuites sont offertes au grand public pendant 24 heures, à l’UQÀM, à la Grande Bibliothèque et à la Cinémathèque québécoise.La nuit de la philo s’adresse à un large public : « La philosophie, ce sont des thèmes qui parlent à tout le monde et qui suscitent une réflexion critique. », croit Sindy Brodeur, une des organisatrices de l’évènement. Le public pourra choisir parmi plusieurs conférences et tables rondes sur des sujets aussi différents que les guerres, la non-violence, le Web 2.0, le roman noir américain et le féminisme. Selon Mme Brodeur : « la philosophie est vue comme un milieu très fermé, mais on voulait démontrer qu’elle est présente dans tous les milieux et à n’importe quel âge. »
Guillaume Bergeron, étudiant en philosophie à l’Université Concordia, a participé à la dernière édition de la nuit de la philo et il ne savait plus où donner de la tête : « il y a tellement d’affaires qui se passent en même temps, tellement de sujets et l’ambiance est vraiment cool. » Il se souvient de Francis Dupuis-Déri, professeur en science politique, qui, vers une heure du matin, avait sorti une bouteille de vin pour la partager avec ses invités pendant sa conférence sur l’anarchisme.
Francis Dupuis-Déri précise que, lors de ses conférences pendant la nuit de la philo, il « essaie de faire un travail de vulgarisation, car il s’agit d’une conférence publique. » Pour lui, le public devrait s’initier à la philosophie parce que « précisément, il s’agit d’une approche qui englobe tous les aspects de la vie et de la mort. » Il insiste pour dire que la nuit de la philo « déborde du cadre strict de la philosophie et relève même des sciences humaines et sociales ou même des arts et de la littérature. »
S'amuser en philosophantSindy Brodeur souligne la participation de spécialistes dans plusieurs disciplines : « des gens qu’on n’associe pas à la philosophie, qui n’ont pas de formation en philosophie. » Françoise David, porte-parole de Québec solidaire, donnera une conférence sur le féminisme. Marc Angenot, professeur de littérature à l’Université McGill, discourra sur le fascisme sémantique.
Sindy Brodeur avoue d’emblée : « on s’entend qu’il y a des conférences plus pointues », mais elle répète aussi que la philosophie c’est « réfléchir en s’amusant ». La nuit de la philo garantit des heures de plaisir avec le spectacle payant des zapartistes, un tournoi d’improvisation sur des thèmes philosophiques, sous l’égide de la Ligue nationale d’improvisation. Plusieurs activités culturelles sont au programme : Claude Gauvreau, écrivain de l’anarchie, une lecture d’œuvres érotiques philosophiques et des improvisations au piano. L’activité la plus intrigante reste le sino-scepticisme : pendant une heure, les organisateurs de cette activité vont tenter de convaincre le public que la Chine n’existe pas.
Guillaume Bergeron précise : « ce qui était vraiment bien, c’est que la nuit ne se passait pas seulement à l’UQAM, mais ils s’organisaient aussi avec d’autres partenaires. » Pour la première fois cette année, la Grande bibliothèque s’associe à la nuit de la philo avec un volet adulte où plusieurs conférences auront lieu et un volet pour enfant avec des ateliers et des discussions. La Cinémathèque québécoise fait aussi partie du programme avec la projection de films qui suscitent le débat, comme Turbulences de Carole Poliquin, un film qui met en garde contre le pouvoir actuel des marchés financiers.
www.nuitdelaphilo.com
(Photo : Philippe Marchand)
Article publié sur Quartierlibre.ca
mardi 27 janvier 2009
Faire renaître l'espoir
Professeur émérite à l’UQAM et politologue, Jean-Marc Piotte pose, depuis plus de 40 ans, un regard critique sur la société québécoise. Dans son nouvel essai, Un certain espoir, il trace les liens qui unissent son cheminement intellectuel et sa vie intime.
Un essai sur les mouvements sociaux au Québec, c’est du déjà vu. Mais un essai intimiste et touchant sur le parcours intellectuel d’un homme né sous le règne de l’Église catholique et ayant grandi en rêvant de mettre en pratique les écrits de Karl Marx, c’est hors du commun et c’est Un certain espoir, de Jean-Marc Piotte.
Dans son ouvrage, l’auteur raconte sans pudeur, mais avec délicatesse, son parcours intellectuel unique, traçant du même coup un portrait de l’évolution sociale du Québec, depuis 1950 jusqu’à nos jours. Né d’une famille modeste, Jean-Marc Piotte décrit son enfance dans un Québec sous le joug du cardinal Léger, où la prière en famille faisait parti du quotidien. « Nous sommes à l’époque très unis, à genoux et malheureux », écrit-il.
Puis, à l’époque de la révolution tranquille, alors qu’il est âgé d’une vingtaine d’années et qu’il commence à fréquenter le milieu universitaire, Jean-Marc Piotte perd complètement la foi. Ce sont les écrits de Karl Marx qui le sauveront durant une courte période. Cependant, confronté à la réalité des « sociétés oppressives » décrites dans les ouvrages de Marx, l’auteur sombre dans la dépression. « Totalement découragé, j’essaie de me suicider », avoue-t-il. C’est en se réfugiant dans l’étude des grands philosophes et en devenant enseignant qu’il se construira peu à peu une nouvelle raison de vivre. « Donner un sens à sa vie requiert de se sentir responsable à la fois de ce qui se produit dans la société et dans le monde », note Jean-Marc Piotte.
Malgré le « doute systématique » qu’il applique, l’ouvrage de Jean-Marc Piotte confirme l’utilité de tous les « contre-pouvoirs sociaux » dans le développement du Québec. Selon l’auteur, les mouvements syndical, féministe, gai, écologiste et surtout nationaliste ont tous amené la province à sortir de l’intégrisme religieux. Mais M. Piotte reste fidèle à son humanisme. Tout un chapitre est consacré aux caractéristiques qu’il promeut chez l’être humain : honnêteté, gentillesse, tolérance, courage, humour et simplicité sont en tête de liste.
Jean-Marc Piotte conclut son essai en soulignant toute l’importance des luttes sociales.« Même si on ne sait plus comment l’engendrer, écrit-il, il faut continuer de lutter pour un autre monde ». C’est cet idéal qu’il s’est efforcé de transmettre à ses étudiants durant plus de 40 ans et qu’il a décidé de léguer au Québec dans Un certain espoir.
Article publié dans Quartier Libre
jeudi 27 novembre 2008
La caverne de Michel Lefebvre
vendredi 14 novembre 2008
Trois hommes et des livres
mardi 23 septembre 2008
Petit cours de propagande
La propagande n’est pas née de l'esprit de Goebbels ou de Staline. C’est aux États-Unis, dans les années 1920, qu’Edward Bernays – neveu de Sigmund Freud et l’un des pères des « relations publiques » – lui a donné naissance. Avec Propaganda, réédition de l’ouvrage classique de Bernays paru en 1928, le lecteur voyage aux racines de la manipulation de l’opinion. La présentation de Normand Baillargeon (Petit cours d’autodéfense intellectuelle), rend sa lecture encore plus savoureuse.

